Stéphane Mallarmé
L’axe sens
Exuvie obscure au fond d’un bain par trop Araxe, Je gis, linge défait, dégouttant d’onyx vert ; Ni l’Œil, ni l’Aphrodite en fard n’y font concert — Qu’affleure encor le flou ancien d’un lourd biaxe. Tout m’indiffère, ô toi, rose à l’haleine borax, Ton pied, stèle au matin, n’égare mon désert ; Car l’âme, à trop guetter le vide en son revers, Devint ce vase clos, d’aucun vertige annexe. Point de désir du pli, du gousset, qu’un reflux Où l’Être excrémentiel s’offre à l’absolu, Chiffon révolu d’aspermatique syntaxe. Et j’aime — ô non-souillure ! — ce rébus complexe, Où l’odeur d’aisselle pare un marbre parasexe, Plus pur que le baiser, existentiel hapax.L’accent
S’il faut que s’ouvre encor vil voile inopérant, S'oppose pli feinté d’ivoire en pénitence Nul cri ; mais silence doublé d’une présence Vive parée d’élan, tout en désespérant. Le souffle, à contre-rôle, épouse un figurant — Masque : tremble ce refus et noie la bienséance ; Qu’on prenne en moi le lieu, ce leurre en résonance, Et qu’à l’amour s’attelle ce geste apparent. L'étreinte est ce décor, l’ombre s’y recompose En spasmes cérémoniels relus par osmose, Telle vasque sans vin qu’on reproche au banquet. Je laisse ainsi fluer — liturgie d'imposture — Mon nom dans un contact que ma stupeur conjecture, Pour qu’on m’aime à défaut de comprendre — de fait.L’absent
Quand le muet se stance, nul wax, nul murex : Un exode interdit exile l’ombre annexe Où le feu d’un refus consume nu l’index. Le mot peut se taire, puisque est scellé le sexe. Un texte sans étreinte, s’ouvre en vain codex, Quand l’exégèse invente d’austères contextes : L’extase est dissoute — plus d’air en ce narthex. L’exemple même pur ne peut rien contre un texte. L’exorde est vu sans lui, l’exil dans mon reflex, L’examen renie et la forme et le latex, Et l’extrême accident forge l’exemple né. L’excès ne fut jamais, le mot est ce vertex : Je m’extrais de ma chair, en un silence in-né, Et le néant exact révèle son vortex.Cent axes
Je grave sans éclat, au bord de mon index, La nuit tient lieu d’autel — nul rêve en métaphore ; Non l’azur, mais la terre au tranchant du silex, Et le sens se retire là même où je fore. Sur la crédence de ce vide, nul apex, J’exporte au noir le sens, — et l’encre n’en s’honore ; L’accident ne fait loi : je tiens au seuil de l’ex, Où le Néant se paie de ce qui n’est sonore. Mais voisin de l’orgueil, agonisant décor, Sans traits se défait nu, l’exil d’axe en des corps ; Le palimpseste vain révèle sa syntaxe. Et la vitre avec Dieu tient le monde au dehors, Je choisis l’os moelleux, c’est là ce qui fait axe, L’obscur n’est pas ma voie : c’est ma sentence encor.La Mal Armée